mercredi 16 mai 2007

Slogans d'hier et d'aujourd'hui

On est frappé par l'existence de deux mondes visuels en Albanie : le reliquat de l'ancien régime communiste, dont la trace monumentale est toujours présente, et le développement d'un art démocratique. La plupart des slogans de l'époque d'Enver Hoxha ont bien évidemment été effacés mais il reste encore sur des statues ou sur des façades des symboles communistes comme l'étoile. Du point de vue visuel, la transition est sans doute la coexistence entre deux représentations, la plus récente supplantant progressivement la plus ancienne. J'illustre cette remarque par trois photos prises à Tirana :


"Vive le Parti du Travail" : Situé dans un quartier décentré mais pas encore périphérique, au bord de la voie de circulation qui longe la rivière, ce slogan à la gloire du parti d'Enver Hoxha était toujours visible en septembre 2006. Les lettres sont parties intégrantes du mur puisqu'elles ont été dessinées avec des briques.
Sans doute finira-t-il par disparaître lors d'une prochaine campagne de ravalement et sera-t-il remplacé par les couleurs criantes qui décorent les murs de la ville depuis l'arrivée à la mairie du peintre Edi Rama...

"Paix, tolérance, concorde" : le slogan de cette fresque éphémère (peinte en 2004 et détruite en 2006) résume le discours officiel de tolérance interconfessionnel promu depuis la fin du communisme au rang de caractère national. On y voit se mêler églises orthodoxe et catholique et mosquée. Cette oeuvre a été peinte sur un mur provisoire tout près du centre, à quelques dizaines de mètres de la mairie de Tirana et de la Bibliothèque Nationale.

Fresque sur les murs du siège du mouvement citoyen Mjaft ("Assez !") qui s'est donné pour mission de dénoncer les abus de la classe politique en matière de corruption et d'inefficacité. Son action est résumé sur cette oeuvre : des citoyens surveillant la vie publique. Sur la gauche de l'image, on peut voir la main faisant le signe de l'arrêt, symbole de Mjaft. Sur la droite, on aperçoit les étoiles du drapeau européen. On est ici aux antipodes de la première photo. Le peuple ne suit plus le parti mais au contraire veille au respect de la démocratie et tente de prendre les choses en main.
Photos : M. Wilmart, droits réservés.